•      Au deuxième virage après la bergerie d'en Haut , j'aperçoit la grande bâtisse qui doit me servir de P.C pour une vaste recherche dans ces espaces les plus arides du pays , les Causses .
    Pour commencer il me faut joindre le curé du village qui a alerter Gérard , mon patron , sur des disparitions inquiétantes de paroissiens , selon lui . Je n'ai pas compris pourquoi cette enquête n'a pas été confiée a la Gendarmerie Locale . Il parait que l'adjudant-chef qui commande cette petite unité ne croit pas du tout a de véritables disparitions . Tous les disparus avaient de bonnes raisons de quitter momentanément leur maison . Déjà ils sont tous retraités ou retraitées ,sans aucune activité dans le village . Donc ils ne manquent a personne !
        Le curé est un gaillard de grande stature , a la poignée de main franche , ancien aumônier d'un commando de la Marine .
    - salut , c'est toi Jimmy le Para ?
    - bonjour , oui .....mon.... Père ....
    - Bon Jimmy on se dit tu , tu m'appelle Robert ou mieux  Bob ......entre paras pas de soucis .
    - merci ,explique moi ce qui se passe et ce qui t'inquiète ...
    - ton Boss t'as déjà expliqué les raisons de ne pas y croire pour les gendarmes . Bizarrement , le courrier est retiré de nuit , le facteur m'a indiqué qu'il ne trouvait aucune trace des lettres qu'ils déposaient......... pourtant les volets restes fermés , aucune lumière , aucun bruit .....
       
        En retournant vers le fameux P.C , un attroupement me dit que mes deux adjointes sont arrivées . Tous les mâles du village sont là , depuis le benêt qui tire la langue jusqu'au bedeau qui fait semblant d'être offusqué devant le spectacle de mes deux souris en train d'extraire du coffre de la Lotus leur bagages , derrières en l'air dans leurs shorts ultra-courts . C'est vrai que le spectacles de ces petites fesses a de quoi chambouler un eunuque .
    - beau gibier me dit Bob qui arrive derrière moi !
    - je croyais que les curés faisait voeux de chasteté......
    - regarder n'est pas péché mon fils..... ce sont tes terreurs , un peu juste pour la castagne , un beau cul mais en cas de bagarre ce sera léger ....
    - tu as tout faux , elles sont plus dangereuses qu'un naja !
        Pris de fou-rire , devant mon affirmation , Bob n'a pas vu Sophie se rapprocher et n'as pas compris comment il se retrouve au sol , bras tordu entre les cuisses de la belle ......qui le relève en riant .....
    - permettez-moi de me présenter , Sophie de la Roche !
    - Sophie je te présente le père Robert , curé de la paroisse ....
    - pardon mon Père , je suis rouge de honte dit Sophie dans un grand éclat de rire .....
    - les deux sont pareilles interroge Bob ......
    - moi je suis pire hurle Mélanie...... pliée en deux par le rire !
    - Bob , cette vipère c'est Mélanie de Ponpetit , ancien capitaine et barbouze.........elles me sidèrent toutes les deux par leur vitalité ! Sophie était Lieutenant et aussi dans les Services Secrets ......
    - Service Action ?
    - ha , ha , l'ancien Commando marine se souviens .......non mais elles en étaient très proches .....
        Après le dîner du soir pris en commun au presbytère, je fixe le début des recherches au lendemain matin après avoir fait connaissance de "Marbout " un vieux berger sec comme une trique qui "connaît" le causse . Il ne sait pas d'où lui viens ce nom , ce surnom , mais comme il dit souvent "mare ,bou diou" ....Marbout doit venir de là .

        Le jour n'est pas encore levé sur le village mais le haut de la serre , la montagne en Cevennes , s'allume sous les rayons de l'astre du jour . Déjà les bergers s'affairent autour du troupeau , les chiens canalisent les moutons vers les pâturages du plateau , par les drailles ancestrales ....
        Nous , nous grimpons vers l'autre plateau , fait de pierrailles , de chênes verts rabougris qui ont du mérite a pousser là , dans ce désert ou le minéral fait la loi . Le soleil qui commence a l'effleurer provoque un choc thermique qui fait éclater les pierres . Dans une heure ce sera l'enfer et chacun de nous le sait et s'apprête a souffrir . J'avais penser a une recherche de nuit mais Marbout m'en a dissuader " Tu vas tuer tes souris et nous avec dans un de ces trous sans fond qui foisonnent dans cette saloperie de causse " .
        Au bout de trois heures, nous n'avons trouvé aucune trace de vie humaine ou même d'un simple cheminement .
    Les jambes sont lourdes , il n'y a que mes gazelles qui semblent encore a l'aise . De grands chapeaux ramenés du VietNam les abritent bien du soleil et les font ressembler a des paysannes des rizières . En moi-même je me dis que ce doit être ce qu'elles ont de plus lourds sur elles , après les rangers .
        Je donne le signal d'une pause bien méritée . Quand elles passent devant moi , au lent mouvement de leur poitrine sous la combinaison je me dit qu'elle n'ont pas de soutien-gorge ..... Confirmation par la belle Mélanie qui descend la fermeture éclair pour aérer ses seins . Sophie en riant déclare qu'elles n'ont même pas de culotte . Mais d'une poche de sa combi elle tire une petite glace et un tube de rouge a lèvres. Incroyable ces sauterelles !
        Deux ou trois pierres éclatent a deux pas . Pas naturel . Pas de coup de feu entendu mais ....encore un éclatement .
    Mes pucelles sont inquiètes et se plaquent au sol . Une vipère fuit . Une autre se tord sur le sol sans doute touchée
    par un éclat de roche .
        Ces éclatements se produisent devant notre axe de progression . Coups de feu ? Interdiction d'aller plus loin ?
    Peut-être piquée par une bête , une silhouette se dresse , après un cri de douleur , fuit , un arme a la main .
        Sans attendre mes ordres , Sophie et Mélanie jaillissent vers l'intrus . L' Homme se retourne , vise Mélanie , mais le petit disque d'acier lancé par Sophie lui tranche la gorge . J'aurais voulu le capturer , trop tard il est mort .
        Sa carabine .... une Berreta avec lunette et silencieux , lui ne cherchait pas a tuer mais a faire peur . Mais Sophie a cru Mélanie en danger de mort et plus rapide que le naja ,elle a frapper .
        Je n'arrive pas a comprendre comment cette fille peut rester aussi calme devant le cadavre , comme si son geste n'avait tuer qu'un lapin . Bob arrive ,fait un signe de croix , en marmonnant des paroles en latin ,incompréhensibles pour moi.
        Marbout regarde le mort et s'exclame......Racaille ,c'est le neveu d'un marchand de biens de Valleraugues , installé depuis peu !
    - oui ,continue Bob , il faisait partie d'une petite bande de blousons dorés qui sèment la terreur dans la région .....mais bizarrement , toutes les plainte contre eux ont été classées .
        Un bruit de moteur a échappement libre, claque a deux cents mètres de nous et un quad fuit vers l'horizon . Cela confirme , aux dires de Marbout , l'implication de la fameuse bande . Froidement , Sophie a récupéré son disque sur le cadavre encore chaud , l'a essuyé soigneusement pour le remettre dans la petite poche de cuir sous son poignet gauche .
    - merci ma belle dit Mélanie qui n'oublie pas de lui peloter un sein au passage .....ce qui amène un sourire de satisfaction de Sophie .
    - seraient pas un peu ......me demande Bob !
    - si bien sûr , tu sais le "a voile et a vapeur" c'est pas seulement masculin
    - les voies du seigneur ne sont pas impénétrables s'exclame Mélanie en regardant Bob avec un sourire ravageur et une petite langue qui pointe entre ses lèvres .

        Retour au village , patron avisé , hélico de la gendarmerie , corbillard moderne , ébullition dans le village . Le reste de la bande promet de faire la peau a mes deux souris . Mais sur un ordre venant de Paris , une compagnie de CRS débarquent dans le village , l'arrestation du nouveau meneur  va vite calmer les petits loubards .
        L'ordre de Gérard , mon patron , est net " Tu armes tes gazelles , tu continue , le Préfet a des ordres , aucune crainte , tu es couvert " ......les filles sont folles de joie comme a chaque fois ou elle sentent le baston proche .
        Surprise , Bob et Marbout arrivent armés au P.C !
    - hé Bob , il n'y a pas un commandement dans ta religion qui dit " tu ne tueras point " .....
    - oui mais on peut le traduire par " Tu ne tueras pas les  braves gens " ....... les malfaisants , pas pareil !
        Bon n'insistons pas .
           
        Les recherches reprennent mais nous sommes sur nos gardes et personne ne refuse les gilets pare-balle . Du beau matériel envoyé par Gérard , léger mais efficace a cent pour cent a plus de cinq mètres . Comme je le  craignais nos deux souris les portent sur des petits débardeurs qui laissent voir leurs seins nus au moindre mouvement . Je ne peux m'empêcher de rire , ces gamines sont incorrigibles .
        Subitement le long d'une vieille draille , une chaussure de femme ....de vieille femme .......d'une de retraitées disparues ? Marbout grommelle - pas pu venir jusqu'ici toute seule ....... en suivant la draille nouvelles traces de passage d'un ou plusieurs individus .
        C'est encore Marbout qui part ,nez au vent comme un chien de chasse , et brutalement se planque derrière un rocher en nous faisant signe d'en faire autant . Le bruit d'un gros moteur montant de la vallée semble venir vers nous . Comme une grosse voiture sur chenille apparaît . Des individus en combinaison noire sautent du véhicule .
        Marbout qui m'a rejoint me chuchote " ils sont rentré dans la caverne des Pestiférés " .
        Il m'explique que cette immense caverne qui courre sous le Causse a été appelée ainsi pour avoir abrité les cévenols qui fuyaient la peste au moyen-âge et même encore après la Renaissance . En fait les pestiférés étaient dehors.... pas a l'intérieur !
        Un , deux , trois , une dizaine de véhicules déchargent des hommes et des marchandises ou des vivres mais le nombre de colis est impressionnant . Tant d'hommes en armes dans ce désert , c'est a peine croyable et a voir leur allure ,c'est du style commando .
        Mes souris me regardent d'un air consterné car elles ont déjà compris que ce n'est pas pour nous . Elles n'aurons pas leur dose de baston .....zut ,elles sont capables de déprimer ....
        Pas longtemps , un ordre bref  " jetez vos armes mains en l'air " quatre des cavernicoles nous menacent de leurs armes ....et je me dis dans un éclair qu'ils sont bien imprudents ......si peu .....comme dans une sorte de fulgurance , trois éclairs de métal s'enfoncent dans la gorge de trois des assaillants qui s'écroulent les yeux exorbités . La vitesse d'exécution de Sophie est stupéfiante . Celle de Mélanie ne l'est pas moins , Lucky Luke est un débutant a coté d'elle , avant qu'il ai rejoint le sol nous avons pu voir un petit trou rougeâtre entre les deux yeux du quatrième .Bob en reste bouche bée !
       
        Malgré la vaillance de ma troupe je sens qu'il faut fuir avant l'intervention en nombre des commandos . 

        Avec soulagement je ramène mon groupe intact au PC dans le village . Mais nous allons aller de surprise en surprise . Les petits blousons dorés qui , il y a encore peu , semaient la terreur dans les villages isolés , ont été retrouvés morts , pas tués , pas supprimés avec violence , non , simplement morts sans raison apparente .
        Le résultat des autopsies est banale , aucun poison , rien de particulier .....le coeur s'est arrêté de battre tout simplement . Un grand professeur spécialisé dans les décès inexpliqués est descendu de Paris .... en vain .  Ainsi cinq gaillards en pleine forme sont morts , en même temps et sans raison .
        C'est Mélanie qui va la trouver la raison . " Cherchez donc du coté des tympans " demande-t-elle au médecin légiste ....et là bingo - ils ont tous les tympans crevés ! Ce n'est pas le cri qui tue comme veulent bien le faire croire certains karatékas ,mais sans doute un son particulier émis par un appareil .....un son fait pour tuer .
        Et là ....personne ne rigole plus ! Dans l'heure qui suit tout le village et les militaires appelés en renfort sont équipés de boules "quies".....les pharmacies de la région sont dévalisées !
        Ayant compris que le danger se trouvait dans la Caverne des Pestiférés , les militaires avec en tête les gens du GIGN , l'ont attaqué , sont rentré , ont tué ou fait prisonnier les commandos noirs ....
        En moins de deux heures tout était terminé . Et les gendarmes du GIGN découvraient l'incroyable !
        Tous les retraités enlevés  étaient là , sur des sortes de lits , leurs corps reliés par des fils et conduits divers a des blocs chirurgicaux . Les médecins appelés en renfort sont formels , ils sont morts , le corps ( sauf le cerveau ) maintenu dans une sorte de vie artificielle et dont les machines semblent soustraire diverses substances tout en le réalimentant pour continuer a le faire produire .
        C'est incroyable et le fou monstrueux qui commandait cette "usine" diabolique n'était autre que le patron d'un grand laboratoire pharmaceutique spécialisé dans la gériatrie .Il ne s'est pas laissé capturé et il a trouvé le temps de détruire un énorme ordinateur et s'est suicidé ensuite......
        Je regarde Mélanie et Sophie , nous avons participé a l'assaut , mes deux vipères , tueuses de sang froid sont blêmes , Sophie est prise de tremblements , comme mon patron qui vient d'arriver en hélicoptère avec le Ministre de l'Intérieur .
    - Rien a la presse s'exclame-t-il , il ne faut pas qu'on découvre cette horreur ......et qu'on fasse un parallèle avec certaines recherches de notre industrie pharmaceutique !
    - ne faudrait-il pas Monsieur le Ministre , qu'au contraire on alerte , la population sur les dangers de ces laboratoires ?
    - vous êtes "Jimmy " le para , que mes services connaissent bien et apprécient , mais Jimmy .....c'est NON !
        Voyant mes deux pucelles approcher , mon patron , connaissant leur caractère , nous entraîne en dehors de la Caverne pour éviter tout esclandre avec le Ministre .....ouf évité de justesse !
        Prenant mes deux gamines par la taille , laissant les horreurs derrière nous , nous redescendons par un cheminement repéré depuis longtemps , connu des seuls bergers . Marbout lui est resté avec mon patron . Bob qui n'est pas intervenu doit dire sa messe . Et nous .....comme des enfants , malgré la chaleur , nous sautons d'un rocher a l'autre avant d'arriver a une petite source qui chante avant de remplir un grand creux et disparaître sous terre comme elle est apparue .....Mais elle va suffire aux deux filles qui sont déjà toute nues dans la vasque , spectacle digne des Dieux , réjouissance de mon âme que je croyais pourtant blasée.....mais je reste a l'ombre car elles seraient capable de me violer.....je leur dit , elles rient !
        Et c'est seulement a la vue des premières maisons du village qu'elles acceptent de cacher leurs seins .
        Nous sommes rentré de nuit a Paris , la nuit d'amour qu'elles espéraient ,ce sera pour une autre fois .                      


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  •     Ce matin , après une nuit de bruits et de fureur , la tempête s'est enfin calmé .....des filaments de nuages blancs s'étirent depuis le fond de l'horizon .
        En baillant et en m'étirant  , de concert avec mon chat , j'ouvre la porte du cabanon qui grince horriblement et fait fuir un lapereau monté sur le banc .
        Tout semble normal mais ce normal ne me le semble pas . Le ponton ne plonge pas autant dans le lac , l'amarre du kayak a bien tenu pourtant , mais il me semble trop haut . Le bruit du torrent au bout du lac s'est amplifié . pourtant cette nuit aucune pluie n'a accompagnée la tempête ....... mais j'ai comme une sourde inquiétude !
        Belzébuth , mon beau chat tigré dont le fauve de sa robe le fait ressembler a un tigre en miniature , semble inquiet lui aussi . Il miaule étrangement et lui si doux a voulu me mordre .
        Par rapport au ponton le niveau du lac continue a monter . J'ai comme une appréhension . Il faut voir .Il faut comprendre .
       
        Vite le sac a dos avec tout le matériel léger de secours et mon émetteur-récepteur , ma dernière merveille de communication avec le monde  . Belzébuth a compris et m'emboîte le pas pour remonter du lac vers le sentier d'en haut . Aller vers l'amont par les gorges est impossible . Tant d'imprudents s'y sont noyés . Et le sentier d'en haut domine les gorges en vues imprenables . Belzébuth bondit d'un rocher a l'autre faisant fuir des coques de bruyère , qui eux aussi n'ont pas un comportement normal .
        Pourtant la-haut , les quelques nuages sont devenus bien calmes ,le ciel est bleu , le soleil brille et réchauffe cette vielle terre . En arrivant devant la maison du garde ,le chat oublie d'aller saluer son vieux copain , un superbe labrador qui sait jouer comme un petit chat . Il continu a monter vers le sentier d'en haut qui n'est plus pourtant qu'a une vingtaine de mètres .
        Bernard le garde , que tout le monde appelle Ben , m'interpelle
    - bah alors Jean , c'est pas ton jour , t'as déjà bouffé toutes tes provisions ?
    - non Ben , mais le niveau du lac monte trop vite , il faut que j'aille voir ....
    - mais voir quoi ......ah oui ,tu as peur du vieux barrage..... je t'accompagnes !
    - Cerbère ,tu viens ....
        Le chien ne se fait pas prier et retrouve Belzébuth qui grimpe sur son dos . Spectacle étrange de ce chat accroché dans les longs poils du chien , se faisant transporter . En cet équipage , Ben et moi , du pas lent des vieux trappeurs , s'en vont vers le barrage . Les animaux suivent mais ne jouent plus . Eux aussi semblent inquiets .
        Pourtant aucun grondement ne les alerte en approchant du belvédère . Mais en arrivant sur cette endroit qui domine le barrage , Belzébuth saute sur l'épaule de son maître et Cerbère pousse des cris plaintifs en s'appuyant sur la cuisse de Ben .
        L'inquiétude des animaux gagne les hommes . Ben prend ses jumelles et je l'imite . Tous les deux observons le barrage et soudain Ben hurle....
    - regarde a la base du deuxième déversoir , une fissure ...... et ça coule suffisamment pour faire monter le niveau du lac.
    - je préviens la Police ...
       
         j'alerte par radio , les responsables locaux , tout en surveillant la base du barrage . Si le barrage craque ,la population en aval aura-t-elle le temps de fuir vers les hauteurs ?
        Ben ne craint rien , en principe pour sa famille . Son épouse qu'il a alertée empêche de justesse leur fils aîné de descendre pécher dans le lac . Quand a moi je sais que je  risque de tout perdre , a part mon sac et Belzébuth sur mon épaule .Tout de même cette baraque ,ce chalet comme disent les pécheurs admiratifs , je l'ai construit de mes mains et c'est toute mon histoire depuis mon arrivé au Canada . Et surtout le souvenir de ma belle indienne morte tragiquement en glissant sur une roche .
        Deux grands gaillards de la police-montée arrivent  . Nous nous regardons  sans un mot mais je lis l'angoisse dans leur regard .
        Je leur rappelle toutefois que le lac aura un effet ralentisseur en cas d'effondrement du barrage .
    - peut-être me dit le grand Bob en Français ,mais nous n'avons pas pu prévenir le campement indien ,leur radio doit-être en panne.......
        Il ne peut finir sa phrase dans un bruit énorme , le coté gauche du barrage explose littéralement sous la poussée des eaux qui devaient avoir minée la roche sur laquelle il s'appuyait .
        Par le souffle ou par la peur , nous nous projetons dos a  la roche roche derrière nous . J'ai l'impression que mon dos se brise . Cerbère se sauve en hurlant suivi par Belzébuth .
    Ben est a genoux au bord du belvédère après avoir ramper , n'osant se relever , par une sorte de peur irraisonnée .
        Nous sommes bientôt tous les quatre allongés au bord de l'abîme . L'autre partie du barrage tiens toujours mais ressemble a un escalier de géant . Le retenue se vide avec force après la violente vague qui a suivit l'explosion du béton . Plus d'arbre debout , des morceaux de béton partout . On entend le bruit de la vague initiale descendre les gorges vers le lac en fracassant tout sur son passage . . Vers mon lac .....
        Cerbère plaintif ,reviens se coucher a côté de son maître . Mais Belzébuth n'est pas redescendu avec lui . Il reviendra bien .......il revient toujours....ses absences n'excèdent jamais deux ou trois jours !
        Lentement nous nous relevons . La retenue est presque vide . Le calme est revenu et ce n'est que le débit normal de la rivière qui passe tranquillement , en une petite cascade , sur les ruines du barrage .
        N'ayant plus rien a faire en ces lieues , suivit de Ben et son chien , je reprend la chemin du lac .
    - tu coucheras chez moi me dit Ben .....
    - merci car il ne doit rien rester de ma cabane......
        Toujours pas de Belzébuth .
        Au dessus des gorges , des prédateurs volent en faisant des rond dans le ciel bleu ou rien ne laisse supposer ce que nous venons de vivre . Du  chemin ce que nous apercevons des pentes a été ravagé, par la force de la vague et par endroits , même les parties rocheuses sont comme désagrégées .
        Mais le chemin , bientôt , ne nous permet plus d'avoir une idée de dégâts proches du  lac . Les policiers sont déjà loin devant nous .
        En arrivant chez Ben , son épouse nous dit que le bruit habituel de la cascade d'arrivée de la rivière dans le lac ne lui a pas semblé aussi énorme que nous aurions pu le penser . Les gorges ont-elles freinées la vague ? C'est possible mais j'ai hâte de voir ce qu'est devenu ma cabane . Un cri plaintif de Cerbère attire mon attention , Belzébuth nous a rejoint mais du sang sur sa cuisse nous laisse supposer une mauvaise rencontre . Cela ne semble pas trop grave et ne l'empêche pas de sauter sur mon épaule .Il frotte sa tête contre mon oreille , en poussant de petits miaulements  ......de joie . Cerbère gambade et saute joyeusement et pour sa récompense reçoit tout le poids du chat sur son dos .
        Avec Ben et les animaux nous descendons vers le lac . Au dernier virage du chemin , nous l'apercevons ,une grande partie de sa surface est recouverte d'arbres entiers et de débris . Par miracle , si en amont le paysage est modifié , la rivière continue a s'écouler dans la vallée .
        Subitement Belzébuth fonce vers une petite plate forme dominant le lac , que je connais bien et qui est cachée a notre vue par un bouquet d'arbres , sur pieds mais couverts de divers débris arrachés aux parois des gorges .
        Les aboiements de Cerbère qui a suivit le chat , comme d'habitude , nous incite a voir de plus près ce qui les a attirés . Ben me précède au travers des arbres et des éboulis causé par l'eau en reprenant son niveau normal .
    Soudain je l'entend hurler ......
    - merde alors ,bon diou de bon diou .......( quand il jure ,il jure toujours en Charentais) cré vin diou, c'est pas dieu possible , ta cabane est arrivé là .......
         Aussi invraisemblable que cela puisse paraître ,le caisson qui la supporte a du flotter et la déposer là sur la montée subite du niveau du lac . Elle est de travers , nous arrivons tout de même a dégager le porte . A l'intérieur tout est bouleversé .
    - nous pourrons la remettre a plat dit ben , avec l'aide des voisins d'en haut .
        Je tourne dans ce capharnaüm , vite intrigué par Cerbère qui continue a aboyer sous le caisson . Puis j'aperçoit une main qui dépasse d'un amas de feuillage . Manquait plus que cela , un cadavre , sous ma cabane .
    - va falloir le dégager dit Ben et appelé la police !
    Mais il me semble voir bouger cette main , Ben aussi . je touche la main du "cadavre" .....qui se met a serrer mes doigts . Doucement nous dégageons le bras et arrivons la déchirure d'un habit qui laisse voir un sein superbe......
    - c'est une femme s'exclame Ben ......
    -mais d'où vient-elle ?

        Nous continuons a dégager un corps superbe , plein d'ecchymoses mais qui respire doucement . Ses yeux sont fermés elle donne l'impression de dormir . Son coeur que j'écoute , mon oreille entre ses deux seins , bat lentement mais très régulièrement .
        Ben va m'ouvrir la porte de la maison du vieux Père François qui vient de mourir . Nous la transportons doucement sur une civière improvisée et nous la déposons sur le lit du défunt qui l'occupait encore avant hier .
        La femme de Ben , Maryse , la débarrasse de ses vêtements déchirés et lui passe une de ses chemises de nuit . Elle dort toujours .
        Le docteur Schmitt nous rassure , elle n'est pas morte mais comme qui dirait , en hibernation . Ses longs cheveux noirs peignés par Maryse sont superbes , elle est belle , très belle . J'ai le coeur qui bat en la regardant .
        Le docteur nous apprend que dans la vallée , malgré le coup de frein des gorges et du lac , les dommages matériel sont très important , mais peu de morts ou de disparus , seulement des pêcheurs  le long de la rivière .
        il nous laissent quelques médicaments pour la belle et s'entretient avec Maryse au sujet de problèmes féminins . Elle est relativement jeune , elle est belle , une constitution robuste , elle va se réveiller bientôt . Et si elle ne peut s'exprimer , il faudra prévenir la police nous dit-il en partant
    dans un grand rire......c'est un humoriste notre toubib .
        A coté de son lit , Ben m'a prêté , un lit de camp en toile pas très confortable mais je peux m'y reposer en attendant le réveil de la belle .
        Aux premières lueurs de l'aube je sens comme un léger vent sur mon visage . Puis je chasse une mouche qui  tantôt sur mon front , tantôt dans mon oreille , vient m'agacer . A nouveau un souffle léger . Je veux chasser la mouche , alors a mon geste maladroit répond un rire en cascade . Un rire a la pureté d'un son cristallin..... j'ouvre les yeux sur la vision paradisiaque des seins de la belle penchée sur moi . L'entrebâillement de la chemise croquignolette prêtée par Maryse ne me cache rien du corps de la belle ainsi penchée.
        Elle rit encore puis me dit a ma grande stupéfaction .....
    - tu es Jean , l'ermite du lac , je suis indienne , mon nom signifie  "La déesse de la rivière aux saumons" . Encouragée par ton ami le vieux sorcier de la tribu je venais te voir pour ensoleiller tes vieux jours .
        Elle éclate de rire a nouveau......le Conseil des ancien de la tribu ont dit que je devais remplacer ta femme , ma soeur aîné .
    - mais ....
    - non , ne dis rien , nos traditions sont incompréhensibles mais je dois les respecter . Le dieu sage qui gouverne tout m'a sauvée de la colère des eaux . Il t'a guidé pour me sauver car il est écrit que je dois être ta femme .
    - mais .....
    - veux tu bien te taire , le Grand conseil a parlé . Nous allons reconstruire la cabane .....
        Lentement elle laisse glisser a ses pieds la chemise de nuit , elle est belle , divinement belle puisque c'est le dieu de sa tribu qui l'envoie . Belzebuth vient se frotter dans ses jambes en poussant des petits cris .
    - tu vois , lui m' a déjà adopté .
         Belle et ardente , je n'ai pas résisté longtemps .
        Et la tribu est arrivé , avec le vieux sorcier et le chef de la tribu , nous avons fumé le calumet . Ben joue bien son rôle mais dans son coin il est mort de rire devant ces simagrée . Curieusement Cerbère et Belzébuth , entourent Cholena , ma future femme .     
    Le grand sachem , qui commence a ne plus tenir bien debout , dirige ses jeunes hommes pour remettre la cabane
    ou elle était . Le sorcier commence de nouvelles incantations .....soudain comme une espèce de brume  monte du lac , nous enveloppe , nous pénètre  , des images fantasmagoriques apparaissent et disparaissent , le milieu du lac commence a bouillonner comme la soupe dans la marmite , une lueur en sort en se tordant et monte vers le ciel , qui devient presque violet  , des éclairs jaillissent de nuées fantôme .... une forme se précise , l'indienne morte , ma femme disparue , la soeur de Choléna , nous sommes tous a genoux et nous nous entendons qui semble descendre du ciel ....  " Choléna aime le comme je l'ai aimé , ne crains rien car tu es la véritable Déesse de la riviere aux saumons " puis la forme disparaît , le soleil brille a nouveau , le ciel est bleu , sans un nuage , le lac semble débarrassé de tout débris......
        Une clameur s'élève de la berge .....la baraque est en place .....miracle ou mystère .....un chant s'élève entonné par la tribu toute entière ......Choléna est dans mon bras , Belzébuth sur son épaule et Cerbère chante doucement avec les indiens .
    Ainsi dans ce coin éloigné du Canada , en l'espace de quarante huit heures nous avons connu l'horreur ,l'amitié et l'amour . C'est la vie de la planète ou l'amour devrait être plus fort que la mort .
    Vous croyez que c'est un rêve.....peut-être !


    2 commentaires
  •      Norbert se souviendra longtemps de cette aventure cévenole......C'était dans les années soixante.....mais écoutons le raconter son aventure .
        .....au bureau tout le monde m'avait bien prévenu , ne prend pas la N9 , tu vas traverser un pays de sauvage . C'est vrai que dans les année soixante cette nationale n'avait rien a voir avec ce qu'on connaît maintenant .
        La vieille 4Chevaux Renault , transformée , rafistolée , avait fière allure , repeinte en vert avec un liserais jaune par un champion du "pistolet" a peinture .
        A trois heures du matin , dans cette nuit d'été , a la lueur d'un ciel étoilé ou madame la lune éclaire comme un phare , je retrouve ma bête parquée au coin de la rue sur l'Avenue d'Italie  , les clefs du studio dans la boite aux lettres de ma bignole en lui expliquant que si dans deux mois je ne suis pas revenu je lui lègue le studio et son contenu .......j'ai tellement besoin de liberté après la sale guerre dans le djebel . Contact , Gertrude démarre au quart de tour....j'ai toujours une petite inquiétude avant d'entendre le chant du moteur .
        Première ,seconde , je glisse en douceur vers la Porte d'Italie . Aucune lumière parasite , la Capitale dort encore . Je respire l'air de la nuit a plein poumon , le moteur ronronne sans acoup , un vrai bonheur . Peu de circulation , la voiture est encore un luxe , mais des cyclistes , levés tôt , vers un labeur quotidien . Forêt de Fontainebleau , Nemours , un peu de circulation dans l'agglomération ,puis après la route est libre .
        A Moulins je traverse l'allier pour prendre la fameuse N9 la frayeur de mes collègues de bureau .  A la dernière "station-service" le brave garagiste m'a incité a acheté un gros jerrican car sur la N9 vous risquer la panne d'essence ! Un peu après SaintPourçain a un peu plus de 350 kilomètres de Paris , je trouve un embryon de terrain de camping le long de la Sioule ....c'est bon pour ce soir !
        Bavardage avec une jeune paysanne du coin qui me raconte des histoires de vipères pour m'inciter a louer une chambre dans l'auberge de sa tante .......la finaude aurait finit par avoir raison car je remarque des serpents traversant la rivière mais aussi des enfants qui n'ont pas l'air d'en avoir peur . Elle finit par m'avouer que ces petites bêtes ne piquent pas dans l'eau et que sur terre elles fuient l'homme . Elle est en admiration devant mon béret  de parachutiste , traînant sur la banquette arrière et dont je la coiffe . Folle de joie elle veut le faire voir chez elle . Elle me le rapporte en me disant qu'on lui interdit de m'approcher . La mauvaise réputation des paras inquiète les parents mais attire les filles . Elle pose ses lèvres sur ma bouche puis avant de s'enfuir - " a ce soir , peut-être  " .
        Elle n'est pas revenue et j'ai continué ma route .
        La route de sauvage mérite son nom ,au moins par ses virages non signalés , des revêtements dégradés , des cotes en lacets mais cela m'enchante . Le paysage est sublime , peu de véhicules , mais les pompes a essence sont souvent aux abonnés absents . Mais , prairie a gentiane ,troupeaux ,forêts , courbes harmonieuse dans de sombres vallons ....et beaucoup de passage a niveau ! la route joue a cache cache avec la voie ferrée .
        Après le col de la Fageole je plonge vers le bas de St Flour , comme je suis parti très tôt , c'est café, croissants et sourire d'une jolie serveuse qui en se penchant , peut être un peu exagérément , me dévoile des seins sublimes . Etais-ce une invite ,je ne le saurais jamais .
        Puis c'est la Truyère , le viaduc de Garabit de Monsieur Eiffel , vertigineux viaduc qui ne m'incite pas a prendre le train sur cette ligne , la route descend a la base du viaduc , au dessus de la riviere , tourne autour des piliers et reprend l'escalade en face . Je m'aperçoit que je suis très bon en virage car tout véhicule devant moi me gène et ceux derrière  moi ne semblent pas pouvoir me suivre . Audace de la jeunesse ?
        Marvejols et ses superbes portes et la statue de la Bête du Gévaudan qui sema la terreur dans la région . Mais un village m'attire , Séverac le Château , sur sa colline dominant la plaine . Pendant une heure je vais me perdre dans le village , le château ce sera pour une autre fois . Je prend par la taille une jolie hippie qui vend ses fromage de chèvres , j'attend la claque mais ce sont des lèvres douces qu'elle pose sur les miennes en se retournant . Puis sans s'occuper des regards elle se plaque contre moi . Je sens son ventre et ses seins . C'est comme si nous faisions l'amour , immobiles mais conscients .
        Elle se dégage , aide moi a vendre dit-elle . Elle me dit que ce sont ses derniers fromages et qu'elle fait la route vers le Larzac . Je lui propose de l'emmener , lui dit que c'est ma route et ....peut-être mon but . Elle ne veut pas que je rachète des cigarettes , nous fumerons de son tabac ....de ses herbes . Elle m'affole ,elle est tellement belle .......
        Ce soir devant la tente , sous la lune , elle danse devant moi , lascivement , puis nous faisons l'amour sous les étoiles , nos corps enlacés roulent jusque dans la rivière , le Tarn nous enveloppe , sa fraîcheur n'a pas éteinte nos ardeurs .....nous sommes fous , fous d'amour !
        Le lendemain , au réveil c'est un brave garde-champêtre qui nous dit qu'il est interdit de camper ici . Elle rit , l'embrasse ..... nous repartons vers le Larzac que nous atteindrons après la cote de Millau que Gertrude avale gaillardement .
        Par un chemin de traverse vers Roquefort elle va rejoindre sa communauté . Je lui dit le nom de mon copain sur la serre , du coté du Vigan.....nous nous regardons intensément , puis elle s'éloigne .....gracieuse petite silhouette ......
        Je n'arrive pas a redémarrer ......puis au bout d'une heure je reprend enfin ma route .....je traverse le Larzac , ce désert de pierres puis la descente vers Le Vigan et mon arrivé chez Louis , mon copain para dans sa bergerie a mi-pente au dessus de cette petite ville .
        C'est drôle , Louis garde son béret para , vissé sur sa tête , nostalgie de "labas" , peut-être . Il rit en voyant le mien sur la banquette arrière .
        Mouton et châtaignes font de bon repas en Cévennes le tout arrosé par un petit vin de la plaine du Gard....ha , que la France est belle .
        Sur la place principale du Vigan , la fontaine coule son eau fraîche , descendant de la montagne , cette montagne que les cévenols appellent " la Serre " . Des filles aux jambes nues , jupes courtes , tournent autour de ma Gertrude . Elles ont repéré le petit parachute peint sur la portière par mon copain mécanicien . L'une d'elles , aux grands yeux noirs , presque habillée comme une gitane , s'est même assise sur le petit capot de Gertrude . Par rapport aux autres , ce n'est plus une gamine et dans ce pays de poil noir mes yeux bleus semble lui faire de l'effet .
        Elle se plante devant moi , rapidement pose ses lèvres sur les miennes et me souffle  "ce soir ,vers dix heures a la place des châtaigniers " et se sauve en riant.......
        La place des châtaigniers est dans le haut du Vigan un lieu de rendez-vous pour les amoureux . Sous ces arbres plus que centenaires bien des petits viganais ont du être procréés .
    - toi , tu as rencontré la gitane , cette fille dont les garçons implorent les regards . Il y a pourtant peu d'élus . Ce n'est pas une pute , simplement une fille qui aime l'amour ,qui fait l'amour mais pas avec n'importe qui . Sa vieille grand-mère connaît les herbes qui évitent l'accident , leur vieille caravane , leur maison attenante , tout cela est d'une grande propreté et beaucoup de gens du village pourraient les prendre en exemple ....... parfois , peut-être , une volaille égarée finit a la broche près de la verdine.....la réputation des gitans .....termine-t-il dans un grand éclat de rire !
    - ne t'inquiète pas , ce soir j'irai lui dire mon histoire, que j'en aime une autre .....et que je retournerai a Paris !
        En arrivant aux Chataigniers , elle est là et je comprend vite qu'elle est nue sous une espèce de robe longue ..... elle m'entraîne dans sa quête de l'amour , sa quête du plaisir et c'est seulement après que je peux enfin lui parler ......
        Elle comprend tout et son esprit de liberté fait le reste .
    - tu m'appelleras quand tu le voudras , je ne m'attacherais pas mais nous ne sommes pas obligés de bouder notre plaisir ....mais dis moi son nom je te la ramènerai .....
    - tu sais elle appartiens a sa communauté....
           je ne suis pas reparti , je sculpte dans le bois de châtaignier , des animaux , des objets divers que je vend sur les marchés . Ma bignole , qui en réalité est une amie de ma mère décédé , a  vendu mon studio et nous avons partagé la somme . J'ai maintenant sur un bout de terrain que m'a vendu ....presque donné ... mon vieux copain Louis , sur la serre pas loin de sa bergerie , une petite maison . Je n'ai plus de voiture . Je fais les marchés de la Région avec mon cheval .    Trois ans ont passé , je suis maintenant connu et je vend bien mes oeuvres . Je sais que bientôt il faudra combattre pour le Larzac contre l'Etat qui veux agrandir le terrain militaire . Louis a de la famille sur le Causse et pour nous il n'est pas question de les laisser seuls face aux CRS qui ne vont pas manquer d'arriver .
        Ce soir sur le pas de la porte je regarde la nuit qui va tomber sur la vallée ......la luminosité baisse doucement et la haut une a une les étoiles commencent a s'allumer , le soleil couchant n'est plus visible mais la bas , vers le Larzac  , il a laissé comme un trait de feu au dessus d'Alzon  et de Nant , que je devine
        La nuit est claire , mon chemin , une vieille draille , le chemin des moutons est inondé de la lumière laiteuse de la lune . Les oiseaux ne nuit partent en chasse , les prédateurs du jour ont laissé la place . Un cri aigu vers le haut de la serre .....sans doute un lapin . Les buissons et les chênes verts prennent de nouvelles formes qui ne sont plus inquiétantes pour moi .
        Tiens deux silhouettes semblent monter de la vallée . Qui a part la gitane peut bien venir par ce chemin .......l'une des silhouettes soutient l'autre ..... c'est la gitane a coup sûr
    mais l'autre ....... non je rêve ....je me lève .... je cours ....c'est elle ! Je suis a ses genoux , a genou devant elle , je pleure , elle pleure aussi . La gitane nous prend par les épaules , pleure de joie avec nous .......
        Elle est venue....
        Ce moment me semble le paradis sur terre ......Santana la gitane doucement nous pousse vers la maison , avec délicatesse , elle l'installe sur le vieux canapé , cadeau de Louis , et  Véronique s'endort de fatigue .....
        Santana m'explique qu'elle l'a trouvé , sans force , près de la Fontaine et qu'elle a su tout de suite que c'était elle , avant qu'elle parle pour lui demander la maison du Parlou , ce surnom que m'ont donné les gens du Vigan .
        Demain sera un jour nouveau ....
        Nichée dans mon bras , sa tête sur mon coeur ,elle me raconte se trois longues années 
    J'ai vendu mes fromages sur tous les marchés jusqu'à la  vallée du Tarn , Millau , La Cavalerie .... parfois je faisait trente kilomètre ..... extraordinaire marcheuse , t'en souviens-tu ?
         Puis , un jour , j'ai entendu sur un marché une brave femme , qui vendait ses oeufs parler du Parlou , des belles statues du Parlou . A la terminaison de ce nom j'ai pensé a un artiste du pays , je ne pouvais pas savoir que c'était ton surnom que les Viganais t'avaient  donné....... Mais aussi , la communauté n'a pas réussi sa mutation , certains sont reparti vers la Capitale , le "toujours des châtaignes" a décidé les autres a cultiver pour vendre mais en réalité c'était a peine suffisant pour la Communauté !
    Mais aussi la liberté sexuelle a des limites et certains ont voulu se créer de véritable petit harem........ce fût le début des bagarres pour la possession d'une femme ...... je ne prenais plus aucun plaisir car dans ma tête toujours revenait notre soirée au bord du Tarn .......
        Un matin j'ai quittée la Communauté , ou personne ne me retenait plus et je ne sais pourquoi je suis partie vers le Vigan , en réalité je crois que je te cherchais , inconsciemment car je te croyais  toi aussi remonté a Paris !  Pourtant , je continuais ....je tombais , je me relevais ....je ne sentais plus ma fatigue et  dans ma tête tournait ce qui me semblait pourtant l'impossible ..il est là , au bout du chemin , au bout de ma quête douloureuse .....et hier soir je me suis écroulée a l'entrée du Vigan .....dans un rêve une gitane m'a dit .....
    .... je sais qui tu es , viens , il t'aime toujours , il t'attend !
        Je la regarde , ses grands yeux bleus , sa belle chevelure blonde de fille du Nord , ce beau corps alangui avec grâce jusque dans mes bras .......ses yeux se mouillent , les miens aussi , nous pleurons de joie .....
        Louis et Santana arrivent avec une brassée de fleurs sauvages , des fleurs odorantes , des fleurs d'amours , blanches , bleues , jaunes ...... odorantes fleurs de la Serre !
        Demain ce sera la fête aux "Chataigniers" car comme tous les ans la section du parti Communiste du Vigan fait la fête sur ce bel emplacement que lui offre Louis et on danse jusqu'à l'aube avec l'aide de la Fanfare de QuatzArts . C'est certain , elle en sera la reine.......
    - tu sais Véronique quand j'ai découvert que Louis était communiste , j'en suis presque tombé a la renverse ......rend toi compte ,un sous-officier para !
    - mais le Parlou , tu déparle , je suis descendant des Camisards qui luttaient contre le Roi mais aussi contre les injustices , père , grand-père , ancêtres , travaillaient la mine , les femmes de la famille dans les magnanarelles , ben oui , le vers a soie ...
    ...et le labeur était dur ! Le Vigan exportait des bas de soie dans toute l'Europe .....
    - je sais tout cela Louis.....et je sais ta sincérité et l'attachement a ton pays , riche de tradition ouvrière , riche de votre combat pendant la guerre contre les nazis , c'est le pays du "Chef Marceau" et de ce formidable maquis des Cevennes qui empêchera une partie de l'armée allemande du Sud de venir aider celle de l'Ouest a repousser les armées alliées débarquées en Normandie ....... Tout cela je le sais Louis ........et parfois au fil de mes lectures je me demande si la Bataille de Normandie n'a pas été gagnée par les maquis auvergnats et cévenoles.......
    - alors les "chataigniers" a Louis , c'est un peu tout cela demande la belle Véronique , toujours dans les bras du Parlou .....
    - aux Chataigniers c'est l'âme de la Cévennes qui sait dire non
    s'exclame la belle Santana .....même les horribles Dragons du Marquis de Villard ne sont pas arrivé a la soumettre .....tu verras ma belle ,reprend des forces car nous danserons jusqu'au matin ......
        Véronique nous écoute , et son visage si doux est totalement détendu , elle semble boire nos paroles , elle prend la main de Santana et l'embrasse ..... elle rit aux histoires de Louis..... elle est heureuse !
           Elle s'est rendormie .......dans les bras du Parlou ....
        Mais déjà là haut aux Chataigniers , les "camarades" sont a l'oeuvre , installation des bancs et des tables , la sonorisation et  le nettoyage de la petite piste de danse en béton . Il faut aussi creusé des emplacements pour faire brûler le bois qui fournira la braise au dessus de laquelle les moutons en broche vont cuire , sans risquer de mettre le feu aux broussailles . C'est un art ces foyers dans le sol .
        Ils sont devenus au fil des ans des maîtres rôtisseurs et je suis toujours émerveillé de les voir faire , sans craindre la chaleur de la braise ......a part les plus jeunes , les autres ont "fait" le maquis . Des petits tas de plantes ou de branches odorantes sont stockées le long des futurs foyers , demain les rôtisseurs les jetterons sous les moutons embrochés et cela aiguisera l'apêtit des participants .
        Demain ce sera la Fête , non pas d'un parti , mais de toute cette population d'ouvriers , de bergers , de menuisiers , d'artisans ..... la Cévenne en liesse !
        Dès potron-minet , ceux du parti , ici en 1970 , on ne dit pas parti communiste mais simplement le parti comme si c'était naturel qu'il soit communiste , ceux du parti arrivent les premiers , pour la braise , vérifier la sono , mettre les bacs a glace en place .....dans une ambiance joyeuse , les éclats de rire de ces sacrées fumelles , camarades bien entendu , incitent tout le monde a la bonne humeur .
        Karl Marx est bien loin de leurs esprits , quand ils bignent les jambes des filles et les corsages bien remplis . Et comme me dit un vieux militant , la tête et le coeur pour mon parti , le reste c'est pour les filles.......
        Une petite cabane en planche , sert de bar , abrite la sono et l'électrophone car tout le monde sait bien , par expérience des années passée , que les étudiants sont cuits a partir de cinq heure du soir et qu'alors leurs instruments nous sortent des sons plus proche du barrissement d'un éléphant que d'un trombone a coulisse .....la sono des "camarades" prend le relais !
        Et les amis , les curieux et une mignonne petite journaliste , prennent place sur les bancs 
        Les étudiants saluent l'arrivée du patron de la Fédé du PCF venant d'Alès par une tonitruante Internationale , qui ressemble plus au Beau Danube Bleu qu'au chant des damnés de la Terre  . Le rosé de Provence semble avoir déjà fait son effet  sur les Parisiens de notre Ecole des Beaux Arts .
        Mais Louis , d'une belle voie grave entonne des chants du maquis , repris en choeur par des vieux et des jeunes , ou il est dit que si tu tombe un ami sort de l'ombre a ta place ....... puis des Espagnols de la région , qui eux aussi ont fait le maquis , chante a leur tort  leurs chants de liberté contre la dictature de Franco ......
        Le Patron de la Fédé a fait court pour son discours .....c'est la Fête aujourd'hui a dit Louis .....les gens ont soif et faim ..... les belles paroles c'est bien ....mais les problèmes c'est pour demain .....lui a-t-il dit !
         Les moutons cuisent sur les braises , les arabes appellent cela un Méchoui mais les moutons de Louis ne sont pas tués et saignés vivant .....qu'elle horrible tradition ont ces gens là !
        Véronique a fait son effet dans la belle robe de gitane que lui a donné Santana .... sans soutien-gorge .
        La brune Santana évolue dans une robe identique , mais noire et couleur de feu .....la robe de Véronique est bleu ...... je les regarde toutes les deux et je me dis que les Dieux étaient avec moi pour me faire rencontrer ces deux femmes . Pendant un court instant j'ai comme un regret de devoir être obligé de n'en aimer plus qu'une . Je chasse cette pensée en enlaçant ma blonde Véronique qui se serre contre moi . je sens ses seins qui semblent vouloir percer le tissus . Pourrons nous tenir jusqu'à l'aube  .....
        Toutes les deux sont vite remarquées car leurs seins libres ondulent doucement et Santana a appris a Véronique une danse lascive , qu'elles dansent , ensemble , au milieu de la piste , les autres danseurs  s'assoient , sur le sol ,en rond , pour mieux les regarder , l'étudiant trompettiste s'est réveillé et joue une musique étrange , qui nous prend les tripes , Véronique se fatigue et Santana continue seule , elle ne danse plus que pour le musicien , il s'est rapproché , ils sont les yeux dans les yeux , elle tend son ventre vers lui , se rapproche  , arque  encore plus ses reins , tourne autour de lui , le frôle , reviens , repart , nos espagnols commencent a taper dans leurs mains ,ponctuant d'un "ollé" chaque mouvement de la belle .......
        Nous avons tous  l'impression de vivre un moment particulier , c'est comme un rituel sauvage revenu du fond des âges , personne ne bouge , mêmes les enfants sont subjugué et arrête de courir ......un des espagnols commencent a chanter et
    la trompette lui répond .......Santana est déchaînée .....elle est comme un miracle d'équilibre..... soudain Véronique hurle ......
    " arrête là " ..... avec le chanteur nous avons juste le temps de la retenir car elle allait tomber . Le trompettiste la prend dans ses bras et comme sortant d'un rêve elle l'embrasse sur la bouche , a pleine bouche , ils semblent comme rivés l'une a l'autre , et j'ai comme l'impression qu'elle ne joue plus .....vient-elle de découvrir enfin l'amour , l'amour vrai , l'amour fou ou on ne vit plus que pour l'autre .....?
        Véronique se penche vers moi , " tu sais , hier soir elle m'a dit qu'elle allait danser pour te dire adieu ....... mais ensuite elle a dansé pour lui , elle ne jouait plus , par un miracle dont seul l'amour est capable , elle a été comme frappée par la foudre .... le coup de foudre le Parlou , le coup de foudre ......"
        Petit a petit , les robes volent a nouveau au dessus de la piste , la musique de Verchuren , ce virtuose de l'accordéon , fait tourner les têtes des filles , rosé aidant . Pour les vieux , il y aura des danses plus douces ou plus lascives , mais eux ne resterons pas la nuit , ils repartent vers la ville ou proche ou leurs villages , des images plein les yeux ....une dernière saucisse bien grillée , un coup de  rosé , la route sera  belle .....
        On les entend s'éloigner ....."Tremblez ennemis de la France , rois ivres de sang et d'orgueil , le peuple souverains s'avance , tyrans descendez au cercueil , la République ......"
        Un "camarade" a baissé le son pour mieux entendre ses vieux chanter , ils ont fait " 36 " , le Front Populaire , respect ....
           Pour nous , communistes ou pas , peu importe , la Fête continue , la grande bâtisse toute proche des Magnanarelles est illuminée . En bas , pour ceux qui recherche un peu de fraîcheur , dans cette nuit chaude d'été , l'Arboux , le petit torrent qui descend en cascadant de la serre , a creusé un petit bassin bien agréable .
        Des soupirs dans les buissons , les filles du soleil aiment l'amour , les garçon aussi . Elles sont si belles , elles sont l'avenir de l'humanité , les poètes l'ont chanté .....
        Quand l'aube pointe , Véronique dort dans mes bras .... devant la maison , tellement proche des "Chataigniers" , en bas du chemin , sur la route , des portières claquent ....les derniers s'en vont  . Dans la journée les "camarades" vont tout démonter , au soir ils dormirons bien car lundi matin chacun retournera vers son atelier , son labeur quotidien !
        Dans la petite chambre a coté de la nôtre , la belle Santanaet son musicien sont enlacés . Il lui a dit qu'il terminerai ses études à Montpellier . Il ne remontera pas à Paris .


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