• LE MIRACLE DE LA DÉESSE DE LA RIVIÈRE AUX SAUMONS .

        Ce matin , après une nuit de bruits et de fureur , la tempête s'est enfin calmé .....des filaments de nuages blancs s'étirent depuis le fond de l'horizon .
        En baillant et en m'étirant  , de concert avec mon chat , j'ouvre la porte du cabanon qui grince horriblement et fait fuir un lapereau monté sur le banc .
        Tout semble normal mais ce normal ne me le semble pas . Le ponton ne plonge pas autant dans le lac , l'amarre du kayak a bien tenu pourtant , mais il me semble trop haut . Le bruit du torrent au bout du lac s'est amplifié . pourtant cette nuit aucune pluie n'a accompagnée la tempête ....... mais j'ai comme une sourde inquiétude !
        Belzébuth , mon beau chat tigré dont le fauve de sa robe le fait ressembler a un tigre en miniature , semble inquiet lui aussi . Il miaule étrangement et lui si doux a voulu me mordre .
        Par rapport au ponton le niveau du lac continue a monter . J'ai comme une appréhension . Il faut voir .Il faut comprendre .
       
        Vite le sac a dos avec tout le matériel léger de secours et mon émetteur-récepteur , ma dernière merveille de communication avec le monde  . Belzébuth a compris et m'emboîte le pas pour remonter du lac vers le sentier d'en haut . Aller vers l'amont par les gorges est impossible . Tant d'imprudents s'y sont noyés . Et le sentier d'en haut domine les gorges en vues imprenables . Belzébuth bondit d'un rocher a l'autre faisant fuir des coques de bruyère , qui eux aussi n'ont pas un comportement normal .
        Pourtant la-haut , les quelques nuages sont devenus bien calmes ,le ciel est bleu , le soleil brille et réchauffe cette vielle terre . En arrivant devant la maison du garde ,le chat oublie d'aller saluer son vieux copain , un superbe labrador qui sait jouer comme un petit chat . Il continu a monter vers le sentier d'en haut qui n'est plus pourtant qu'a une vingtaine de mètres .
        Bernard le garde , que tout le monde appelle Ben , m'interpelle
    - bah alors Jean , c'est pas ton jour , t'as déjà bouffé toutes tes provisions ?
    - non Ben , mais le niveau du lac monte trop vite , il faut que j'aille voir ....
    - mais voir quoi ......ah oui ,tu as peur du vieux barrage..... je t'accompagnes !
    - Cerbère ,tu viens ....
        Le chien ne se fait pas prier et retrouve Belzébuth qui grimpe sur son dos . Spectacle étrange de ce chat accroché dans les longs poils du chien , se faisant transporter . En cet équipage , Ben et moi , du pas lent des vieux trappeurs , s'en vont vers le barrage . Les animaux suivent mais ne jouent plus . Eux aussi semblent inquiets .
        Pourtant aucun grondement ne les alerte en approchant du belvédère . Mais en arrivant sur cette endroit qui domine le barrage , Belzébuth saute sur l'épaule de son maître et Cerbère pousse des cris plaintifs en s'appuyant sur la cuisse de Ben .
        L'inquiétude des animaux gagne les hommes . Ben prend ses jumelles et je l'imite . Tous les deux observons le barrage et soudain Ben hurle....
    - regarde a la base du deuxième déversoir , une fissure ...... et ça coule suffisamment pour faire monter le niveau du lac.
    - je préviens la Police ...
       
         j'alerte par radio , les responsables locaux , tout en surveillant la base du barrage . Si le barrage craque ,la population en aval aura-t-elle le temps de fuir vers les hauteurs ?
        Ben ne craint rien , en principe pour sa famille . Son épouse qu'il a alertée empêche de justesse leur fils aîné de descendre pécher dans le lac . Quand a moi je sais que je  risque de tout perdre , a part mon sac et Belzébuth sur mon épaule .Tout de même cette baraque ,ce chalet comme disent les pécheurs admiratifs , je l'ai construit de mes mains et c'est toute mon histoire depuis mon arrivé au Canada . Et surtout le souvenir de ma belle indienne morte tragiquement en glissant sur une roche .
        Deux grands gaillards de la police-montée arrivent  . Nous nous regardons  sans un mot mais je lis l'angoisse dans leur regard .
        Je leur rappelle toutefois que le lac aura un effet ralentisseur en cas d'effondrement du barrage .
    - peut-être me dit le grand Bob en Français ,mais nous n'avons pas pu prévenir le campement indien ,leur radio doit-être en panne.......
        Il ne peut finir sa phrase dans un bruit énorme , le coté gauche du barrage explose littéralement sous la poussée des eaux qui devaient avoir minée la roche sur laquelle il s'appuyait .
        Par le souffle ou par la peur , nous nous projetons dos a  la roche roche derrière nous . J'ai l'impression que mon dos se brise . Cerbère se sauve en hurlant suivi par Belzébuth .
    Ben est a genoux au bord du belvédère après avoir ramper , n'osant se relever , par une sorte de peur irraisonnée .
        Nous sommes bientôt tous les quatre allongés au bord de l'abîme . L'autre partie du barrage tiens toujours mais ressemble a un escalier de géant . Le retenue se vide avec force après la violente vague qui a suivit l'explosion du béton . Plus d'arbre debout , des morceaux de béton partout . On entend le bruit de la vague initiale descendre les gorges vers le lac en fracassant tout sur son passage . . Vers mon lac .....
        Cerbère plaintif ,reviens se coucher a côté de son maître . Mais Belzébuth n'est pas redescendu avec lui . Il reviendra bien .......il revient toujours....ses absences n'excèdent jamais deux ou trois jours !
        Lentement nous nous relevons . La retenue est presque vide . Le calme est revenu et ce n'est que le débit normal de la rivière qui passe tranquillement , en une petite cascade , sur les ruines du barrage .
        N'ayant plus rien a faire en ces lieues , suivit de Ben et son chien , je reprend la chemin du lac .
    - tu coucheras chez moi me dit Ben .....
    - merci car il ne doit rien rester de ma cabane......
        Toujours pas de Belzébuth .
        Au dessus des gorges , des prédateurs volent en faisant des rond dans le ciel bleu ou rien ne laisse supposer ce que nous venons de vivre . Du  chemin ce que nous apercevons des pentes a été ravagé, par la force de la vague et par endroits , même les parties rocheuses sont comme désagrégées .
        Mais le chemin , bientôt , ne nous permet plus d'avoir une idée de dégâts proches du  lac . Les policiers sont déjà loin devant nous .
        En arrivant chez Ben , son épouse nous dit que le bruit habituel de la cascade d'arrivée de la rivière dans le lac ne lui a pas semblé aussi énorme que nous aurions pu le penser . Les gorges ont-elles freinées la vague ? C'est possible mais j'ai hâte de voir ce qu'est devenu ma cabane . Un cri plaintif de Cerbère attire mon attention , Belzébuth nous a rejoint mais du sang sur sa cuisse nous laisse supposer une mauvaise rencontre . Cela ne semble pas trop grave et ne l'empêche pas de sauter sur mon épaule .Il frotte sa tête contre mon oreille , en poussant de petits miaulements  ......de joie . Cerbère gambade et saute joyeusement et pour sa récompense reçoit tout le poids du chat sur son dos .
        Avec Ben et les animaux nous descendons vers le lac . Au dernier virage du chemin , nous l'apercevons ,une grande partie de sa surface est recouverte d'arbres entiers et de débris . Par miracle , si en amont le paysage est modifié , la rivière continue a s'écouler dans la vallée .
        Subitement Belzébuth fonce vers une petite plate forme dominant le lac , que je connais bien et qui est cachée a notre vue par un bouquet d'arbres , sur pieds mais couverts de divers débris arrachés aux parois des gorges .
        Les aboiements de Cerbère qui a suivit le chat , comme d'habitude , nous incite a voir de plus près ce qui les a attirés . Ben me précède au travers des arbres et des éboulis causé par l'eau en reprenant son niveau normal .
    Soudain je l'entend hurler ......
    - merde alors ,bon diou de bon diou .......( quand il jure ,il jure toujours en Charentais) cré vin diou, c'est pas dieu possible , ta cabane est arrivé là .......
         Aussi invraisemblable que cela puisse paraître ,le caisson qui la supporte a du flotter et la déposer là sur la montée subite du niveau du lac . Elle est de travers , nous arrivons tout de même a dégager le porte . A l'intérieur tout est bouleversé .
    - nous pourrons la remettre a plat dit ben , avec l'aide des voisins d'en haut .
        Je tourne dans ce capharnaüm , vite intrigué par Cerbère qui continue a aboyer sous le caisson . Puis j'aperçoit une main qui dépasse d'un amas de feuillage . Manquait plus que cela , un cadavre , sous ma cabane .
    - va falloir le dégager dit Ben et appelé la police !
    Mais il me semble voir bouger cette main , Ben aussi . je touche la main du "cadavre" .....qui se met a serrer mes doigts . Doucement nous dégageons le bras et arrivons la déchirure d'un habit qui laisse voir un sein superbe......
    - c'est une femme s'exclame Ben ......
    -mais d'où vient-elle ?

        Nous continuons a dégager un corps superbe , plein d'ecchymoses mais qui respire doucement . Ses yeux sont fermés elle donne l'impression de dormir . Son coeur que j'écoute , mon oreille entre ses deux seins , bat lentement mais très régulièrement .
        Ben va m'ouvrir la porte de la maison du vieux Père François qui vient de mourir . Nous la transportons doucement sur une civière improvisée et nous la déposons sur le lit du défunt qui l'occupait encore avant hier .
        La femme de Ben , Maryse , la débarrasse de ses vêtements déchirés et lui passe une de ses chemises de nuit . Elle dort toujours .
        Le docteur Schmitt nous rassure , elle n'est pas morte mais comme qui dirait , en hibernation . Ses longs cheveux noirs peignés par Maryse sont superbes , elle est belle , très belle . J'ai le coeur qui bat en la regardant .
        Le docteur nous apprend que dans la vallée , malgré le coup de frein des gorges et du lac , les dommages matériel sont très important , mais peu de morts ou de disparus , seulement des pêcheurs  le long de la rivière .
        il nous laissent quelques médicaments pour la belle et s'entretient avec Maryse au sujet de problèmes féminins . Elle est relativement jeune , elle est belle , une constitution robuste , elle va se réveiller bientôt . Et si elle ne peut s'exprimer , il faudra prévenir la police nous dit-il en partant
    dans un grand rire......c'est un humoriste notre toubib .
        A coté de son lit , Ben m'a prêté , un lit de camp en toile pas très confortable mais je peux m'y reposer en attendant le réveil de la belle .
        Aux premières lueurs de l'aube je sens comme un léger vent sur mon visage . Puis je chasse une mouche qui  tantôt sur mon front , tantôt dans mon oreille , vient m'agacer . A nouveau un souffle léger . Je veux chasser la mouche , alors a mon geste maladroit répond un rire en cascade . Un rire a la pureté d'un son cristallin..... j'ouvre les yeux sur la vision paradisiaque des seins de la belle penchée sur moi . L'entrebâillement de la chemise croquignolette prêtée par Maryse ne me cache rien du corps de la belle ainsi penchée.
        Elle rit encore puis me dit a ma grande stupéfaction .....
    - tu es Jean , l'ermite du lac , je suis indienne , mon nom signifie  "La déesse de la rivière aux saumons" . Encouragée par ton ami le vieux sorcier de la tribu je venais te voir pour ensoleiller tes vieux jours .
        Elle éclate de rire a nouveau......le Conseil des ancien de la tribu ont dit que je devais remplacer ta femme , ma soeur aîné .
    - mais ....
    - non , ne dis rien , nos traditions sont incompréhensibles mais je dois les respecter . Le dieu sage qui gouverne tout m'a sauvée de la colère des eaux . Il t'a guidé pour me sauver car il est écrit que je dois être ta femme .
    - mais .....
    - veux tu bien te taire , le Grand conseil a parlé . Nous allons reconstruire la cabane .....
        Lentement elle laisse glisser a ses pieds la chemise de nuit , elle est belle , divinement belle puisque c'est le dieu de sa tribu qui l'envoie . Belzebuth vient se frotter dans ses jambes en poussant des petits cris .
    - tu vois , lui m' a déjà adopté .
         Belle et ardente , je n'ai pas résisté longtemps .
        Et la tribu est arrivé , avec le vieux sorcier et le chef de la tribu , nous avons fumé le calumet . Ben joue bien son rôle mais dans son coin il est mort de rire devant ces simagrée . Curieusement Cerbère et Belzébuth , entourent Cholena , ma future femme .     
    Le grand sachem , qui commence a ne plus tenir bien debout , dirige ses jeunes hommes pour remettre la cabane
    ou elle était . Le sorcier commence de nouvelles incantations .....soudain comme une espèce de brume  monte du lac , nous enveloppe , nous pénètre  , des images fantasmagoriques apparaissent et disparaissent , le milieu du lac commence a bouillonner comme la soupe dans la marmite , une lueur en sort en se tordant et monte vers le ciel , qui devient presque violet  , des éclairs jaillissent de nuées fantôme .... une forme se précise , l'indienne morte , ma femme disparue , la soeur de Choléna , nous sommes tous a genoux et nous nous entendons qui semble descendre du ciel ....  " Choléna aime le comme je l'ai aimé , ne crains rien car tu es la véritable Déesse de la riviere aux saumons " puis la forme disparaît , le soleil brille a nouveau , le ciel est bleu , sans un nuage , le lac semble débarrassé de tout débris......
        Une clameur s'élève de la berge .....la baraque est en place .....miracle ou mystère .....un chant s'élève entonné par la tribu toute entière ......Choléna est dans mon bras , Belzébuth sur son épaule et Cerbère chante doucement avec les indiens .
    Ainsi dans ce coin éloigné du Canada , en l'espace de quarante huit heures nous avons connu l'horreur ,l'amitié et l'amour . C'est la vie de la planète ou l'amour devrait être plus fort que la mort .
    Vous croyez que c'est un rêve.....peut-être !


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 1er Décembre 2011 à 09:41
    joli ton conte, fantasme ou rêve, qu'importe, c'est bien écrit, je l'ai lu d'une traite, avec plaisir. J'aime bien ta conclusion à laquelle je rajouterai cette part de rêve, d'innocence qui donnent à la vie ce petit côté sucré de l'enfance, garant que la vie se vit avec responsabilité certes mais sans se prendre au sérieux. Bises salines, Jean et à très vite. Prends soin de toi et de tes articulations. Cré nom, l'automne et son humidité ne doit pas être ta saison préférée.

    PS J'ai retrouvé dans ce texte certains de tes jurons favoris (sourire)
    2
    Vendredi 2 Décembre 2011 à 09:14
    on s'y croirait !le barrage prés de Fréjus dans le var A SUBI LE même SORT et fait autant de victimes mais il n'y avait pas de belle Indienne quelle chance il a ce francillien mais l"appeler cholera c'est dur !j"espère que cet Amour dure encore !!!!colibri bravo!


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